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Les soubresauts de l’affaire ZTE interviennent dans un contexte d’incertitude sur les intentions américaines en matière de politique commerciale avec la Chine.
Cas concret : ZTE ou Zhongxing Telecommunication Equipment Company Limited qui est un équipementier en télécoms coté à la Bourse de Hong Kong et la Bourse de Shenzhen. Cette société emploieaujourd’hui environ 75 000 personnes, dont 20 000 dans ses filiales étrangères. Sa clientèle se compose de plus de 500 opérateurs de réseaux dans quelque 140 pays.  Une pièce en deux actes

Toute cette histoire a commencé en début d’année, quand ZTE a été accusé d’avoir violé l’embargo des États-Unis en Iran et en Corée du Nord après avoir vendu des produits contenant des composants américains sur ces marchés. La réaction américaine est immédiate. La firme de Shenzhen est alors contrainte de payer une amende de 1,2 milliard de dollars aux États-Unis.
Quelques temps plus tard, la dette s’est ensuite transformée en embargo après l’intervention de Donald Trump. En effet, ZTE reçoit l’interdiction de se fournir en composants américains pendant 7 ans. Cette décision signe la fin de l’équipementier chinois puisque la majorité de ses produits contiennent des composants américains.
ZTE a annoncé avoir arrêté le gros de ses activités. Mais avant que le chinois soit contraint de mettre définitivement la clé sous la porte, voilà que Donald Trump change d’avis et ouvre la porte à des négociations. C’est donc sur son terrain de jeu préféré, Twitter, que Donald Trump s’est prononcé sur la situation. «J’ai fermé l’entreprise, maintenant, laissons-la rouvrir avec d’importantes garanties sécuritaires, un changement dans le management et le conseil d’administration, l’obligation d’acheter des composants américains et une amende de 1,3 milliard de dollars», détaille le 45e président des États-Unis.
Le revirement de Donald Trump dans l’affaire ZTE est expliqué par les pertes d’emploi en Chine. S’apercevant qu’il scandalisait ses électeurs, il a tweeté quelques heures plus tard que ZTE achetait des composants aux États-Unis. Selon le New York Times, citant une source proche du dossier, l’accord prévoit que des responsables américains seraient également embauchés pour s’assurer que ZTE se mette en conformité avec la loi américaine.
En réalité, la volte-face du président américain est beaucoup plus compliqué et à plusieurs raisons et à plusieurs facettes.
ZTE a vendu 46,4 millions de smartphones l’an dernier, ce qui le place au septième rang des fabricants qui emploient Android, selon la firme d’études IHS Markit.
Avec ses 46 millions de smartphones vendus dans le monde, ZTE est intégré à une chaine globale de valeur de la Silicon Valley à la Chine en passant par plusieurs pays asiatiques. Un arrêt d’un acteur aussi important dans la chaine globale a des répercussions sur tous les autres acteurs à commencer par ceux qui fournissent les puces utilisées par ZTE. Ce qui serait une véritable catastrophe pour les fondeurs américains.

Le premier utilisateur de puce au Monde est la Chine
Il faut savoir que la Chine utilise 54% des puces fabriquées dans le monde. Elles sont utilisées dans les produits finis qui se retrouvent sur les étals des magasins américains et du monde entier. De plus, ZTE est une immense entreprise qui attire forcement des investisseurs, d’autant plus qu’elle est cotée dans les bourses de Shenzhen et Hongkong. D’ailleurs, les sanctions contre ZTE ont été mal accueillies par Wall Street.
Et pour cause, la banque d’affaires JPMorgan et le fonds d’investissement BlackRock sont respectivement le second et troisième détenteur d’actions de la firme chinoise sur la bourse de Hong Kong, qui a suspendu la cotation du titre depuis la mi-avril.
Coïncidence, un jour après le tweet présidentiel, une banque chinoise a annoncé qu’elle accordait un prêt à une société indonésienne (MNC) qui collabore avec la Trump Organization depuis 2015 dans un projet immobilier (MNC Lido Park).
Lorsqu’il a été élu, le magnat de l’immobilier avait déclaré que son groupe ne s’engagerait pas dans de nouveaux projets. Cet épisode révèle un climat de défiance réciproque et Il aura des conséquences industrielles sur le long terme.
Mais pas que.
Cet état de fait doit faire réfléchir toutes les entreprises qui utilisent des produits américains et qui, de facto, risquent à n’importe quel moment d’en être privés.
Enfin, en mettant en exergue sa dépendance technologique, les Etats-Unis exacerbent la détermination de Pékin à mettre les bouchées doubles pour renforcer son secteur des semi-conducteurs.
D’ailleurs dans ce sens, Jack Ma, PDG d’Alibaba, vient d’annoncer la création d’une division R&D consacrée aux puces destinées à l’intelligence artificielle.

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