MM. A. Ouamri et M. Keche, respectivement directeur du LSI-USTO et professeur encadrant

M. Ouamri Abdelaziz est directeur du Laboratoire signaux et image (LSI) de l’Université des sciences et des technologies d’Oran (USTO), et M. Mokhtar Keche est professeur encadrant dans la même université. Ils n’ont pas fait la fine bouche lorsque, pour son projet de thèse de doctorat, Ali Bensoukehal s’est avéré être un catalyseur entre le LSI et la jeune entreprise privée Ingeniway, qui se sont alliées afin de travailler ensemble sur un projet commun dans le cadre d’un partenariat inédit public ? privé avec une incidence économique à fort potentiel. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de cet « échange » : arriver à mettre au point une solution « vendable ». Ils nous en parlent dans cet entretien, de même qu’ils mettent en lumière la vie d’un laboratoire de recherche, ses  difficultés, ses contraintes.
IT Mag : Quelle est la genèse du partenariat entre le LSI  et Ingeniway ?

Abdelaziz Ouamri : Il n’y a pas de genèse à proprement parler. Nous avons toujours voulu travailler avec le secteur industriel ; malheureusement il n’y a pas eu de répondant.  Seulement, du point de vue contact, c’est l’étudiant qui a entrepris le nécessaire depuis un stage qu’il avait effectué dans cette entreprise.  

Mokhtar Keche : En fait, à l’issue de son master, il a commencé un stage au sein d’Ingeniway. L’initiative est partie au départ de l’étudiant, appuyé par l’entreprise, qui nous a proposé de travailler sur son projet de thèse et sans hésiter nous avons dit oui. Nous avons toujours été ouverts à ce genre de démarches et notre souhait a toujours été de travailler en étroite collaboration avec l’industrie.

C’est la première expérience du genre ?
A. Ouamri : Nous avons fait moult tentatives par le passé avec de grandes entreprises ou des institutions nationales d’importance mais cela n’est jamais allé au-delà de la prise de contact.

M. Keche : D’habitude, nous invitons les partenaires à nous confier leurs projets pour lesquels nous placerons des étudiants qui y travailleront. Et j’avoue que c’est la première fois que nous plaçons un étudiant, un doctorant dans le cas qui nous concerne, dans une entreprise privée et à mon avis, je n’ai pas entendu parler d’une initiative similaire, du moins dans le secteur privé.

Vous avez parlé de tentatives de rapprochement qui ne sont jamais allées au-delà de la prise de contact. Pourquoi ?
M. Keche : Il est très difficile de répondre à cette question. Très souvent nous avons tendance à jeter la pierre sur l’autre. Prenez le cas d’une importante institution nationale; nous nous sommes déplacés auprès d’elle, nous y avons fait des exposés sur ce que nous faisons et savons faire, dans les domaines de la sécurité routière ou la biométrie, entre autres. Nous leur avons donc montré ce que nous avions fait et ce que nous comptions faire et avons sollicité leur collaboration au vu du potentiel à développer en commun. Tous avaient l’air d’être très intéressés. Nous avons même décidé sur place d’accueillir une délégation au sein de l’université. Depuis, bien que nous les ayons relancés, rien n’a été concrétisé.

A. Ouamri : Cela s’était fait surtout dans le but d’avoir une formation commune dans le cadre des magistères, en travaillant sur des sujets qui les intéressent. Nous avons même sollicité cette institution dans le cadre des projets PNR projets nationaux de recherche en 2011 mais sans suite depuis.

Disposez-vous d’une feuille de route de « placement » de jeunes chercheurs auprès des entreprises, nationales ou privées ?
M. Keche : Pour ce qui est des stages ; il existe des services et des conventions avec beaucoup de sociétés nationales mais au niveau de la recherche, à notre connaissance, non.

Quels sont vos projets de recherche à l’heure actuelle ?
M. Keche : Il y a plusieurs laboratoires au sein de l’USTO et au niveau de celui que nous gérons, le Laboratoire signaux et image (LSI), nous avons un certain nombre de projets de recherche. A titre d’exemple, nous travaillons et développons des solutions de géolocalisation, nous avons également concrétisé un projet pour mettre au point un système de gestion et de suivi de flottes de véhicules, en utilisant le GPS combiné au GSM ; au niveau de la sécurité routière, nous avons mis au point des solutions de radars à base de vision ; nous travaillons également sur un système de reconnaissance automatisée de plaques d’immatriculation, qui peut avoir plusieurs applications dans la sécurité routière ou la détection des voitures volées. La biométrie est l’autre domaine sur lequel nous faisons des travaux de recherche où nous avons réalisé un certain nombre de projets, comme un système de reconnaissance biométrique à base d’iris ou alors la reconnaissance des visages. Nous développons beaucoup aussi sur des systèmes RFID où nous avons tous les ingrédients par exemple pour déployer le permis de conduire électronique. D’ailleurs, nous avons d’ores et déjà un prototype, une carte à puce sans contact (RFID).

Vu que les ingrédients sont là, qu’est-ce qui vous manque alors ?
M. Keche : Ce qui nous manque et nous a toujours fait défaut, c’est la partie intéressée qui pourrait l’utiliser.

Le gouvernement pourrait être la « partie intéressée » non ?
A. Ouamri : Oui, exactement. Ou du moins c’est le genre de solutions à développer avec le gouvernement.

Quelle pourrait être la position du chercheur algérien parmi ses paires d’autres pays. Sa place se défend-elle ?
M. Keche : Bien évidemment qu’il a sa place quand il y met de la volonté. Le problème que nous rencontrons, disons-le franchement, c’est que souvent nous avons des étudiants ou des chercheurs qui ne sont pas motivés. Quand nous avons affaire à des étudiants qui le sont et qui mettent le paquet, nous pouvons faire de très bonnes choses. Même si l’assiduité y est, souvent la continuité dans le travail n’y est pas. C’est un problème réel auquel nous sommes confrontés dans la mesure où beaucoup de projets de recherche finissent dans les tiroirs faute de continuité et, encore une fois, de motivation.

Qu’est-ce qui pourrait le motiver ?
M. Keche : Il est très difficile d’y répondre. Je pense que cela relève d’un contexte plus général. Ce n’est pas spécifique à l’université. Il faut trouver la solution dans un cadre plus global.

Quelles sont les contraintes auxquelles fait face un laboratoire de recherche ?
A. Ouamri : Il y a le volet humain, comme nous l’avons souligné, qui se caractérise par un manque de motivation. L’autre volet problématique concerne l’acquisition des équipements. Acheter un équipement spécifique nécessaire à un travail de recherche n’est pas évident. Généralement, ce genre d’équipements, très spécifiques, ne se trouvent pas sur le marché national, donc il faut les importer. Et c’est là que la donne se complique car nous n’avons pas ici de sociétés professionnelles qui peuvent acheter ce matériel rapidement. Même si nous trouvons une entreprise qui le fait, en lui donnant toutes les caractéristiques nécessaires, jusqu’à l’adresse où il faut l’acheter, l’opération d’acquisition met beaucoup de temps. Un simple capteur d’empreintes digitales, qui coûte à peine une vingtaine d’euros, nous n’arrivons pas à l’avoir facilement. Sans parler de problèmes liés aux délais de paiement.
M. Keche : C’est un problème très sérieux surtout que pour notre part, nous travaillons dans un domaine de pointe où les technologies, les équipements et les composants évoluent très vite. Il nous arrive même de débourser de notre poche pour que quelqu’un, une connaissance, nous ramène un composant et nous essayons de nous faire rembourser comme on le peut. Vraiment, c’est un véritable obstacle. J’ai une étudiante en magistère qui est bloquée suite à la commande d’une caméra à très grande vitesse qui n’arrive pas depuis 6 mois et elle attend toujours. Quand on fait du développement, c’est un véritable problème. Il est même très difficile de faire du prototypage, des circuits imprimés de qualité, double face ou multicouche, ou encore des boîtiers?

Une solution à ce problème ?
M. Keche : Il faut instaurer un mécanisme qui puisse nous permettre de payer directement le fournisseur et que nous ayons notre produit dans la semaine qui suit maximum. Récemment, le ministère [de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, NDLR] a décidé de mettre en place des structures de soutien dans différentes villes justement pour assurer une aide aux laboratoires qui font de la recherche et du développement, mais pour le moment ce n’est pas encore concrétisé.

Qu’en est-il des contraintes propres au chercheur…
M. Keche : Encore une fois, Il y a une contrainte qui est liée directement à la motivation du chercheur. Si le chercheur ne récolte pas le fruit de ses recherches et n’en bénéficie pas, il est difficile pour lui de garder sa motivation. Il n’y a pas longtemps, le chercher ne pouvait pas réaliser une prestation pour une entreprise car il n’y avait pas moyen pour cette dernière de le payer. Néanmoins, les choses actuellement sont en train de changer. Un cadre réglementaire serait en préparation afin de permettre à l’université de mettre en place des filières commerciales faisant qu’un laboratoire peut vendre ce qu’il fait, ce qu’il développe. Nous attendons la mise en place de ces nouvelles dispositions. Il faudrait qu’il y ait une motivation matérielle du chercheur.

A. Ouamri : Il existe également un manque d’objectifs ou alors des objectifs qui ne sont pas clairs. Je parle de manière générale mais il faut qu’il y ait un projet bien défini dans les créneaux dans lesquels nous travaillons. Nos projets viennent de la base.

M. Keche : En fait, en haut lieu, on ne sent pas qu’il existe une stratégie de recherche, dans des domaines bien ciblés avec une répartition des activités entre différentes structures. Car il se peut qu’au niveau de notre laboratoire, nous travaillions sur un sujet déterminé, et qu’une autre équipe dans un autre laboratoire travaille sur le même sujet également sans qu’il y ait de coordination entre les deux.

Quelles sont justement les relations qu’entretiennent entre eux les laboratoires de recherche et de développement ?
M. Keche : Pour être sincère, il y a un problème au niveau de la communication. Nous ne savons pas travailler ensemble. Si on veut dire les choses crûment, c’est chacun dans son petit coin. De plus, l’ensemble n’est pas organisé. Même au sein de l’université, il n’y a pas un organe qui rassemble tous les laboratoires afin qu’ils discutent entre eux de projets de recherche.

7 pensées sur “Entretien commun avec MM. A. Ouamri et M. Keche, respectivement directeur du LSI-USTO et professeur encadrant « Il faudrait qu’il y ait une motivation matérielle du chercheur »”

  1. il a beaucoup de chance le doctorant d’avoir un directeur et un prof aussi ouverts d’esprit, dans mon labo, il se soucient plus de leur salaire que de leurs etudiants.. respect USTO 😉

  2. Franchement heureux de voir des profs honnetes et sinceres! C est rare de nos jour.
    Que ce projet soit un exemple de reussite pour l algerie !
    Je vous soutiens

  3. CEST TRES DESOLANT DE VOIR DES PROFESSEURS COMME MR WAMRI ET KESHE AVEC AUCUN SOUTIENT ET LEUR SPECIALITE LELECTRONIQUE EST LA PLUS IMPORTANTE DE TOUS LES DOMAINES HARVARD A QUALIFIE LE GENIE ELECTRIQUE DU SEUL GENERATEUR DE RICHESSE JE SUSI DOMICILE A HAMBURG ALLEMAGNE JE SUIS DORIGINE NIGERIENNE MAIS AYANT VECU A ORAN MON ENFANCE LES PROFESSEURS A HAMBURG DANS LE GENIE ELECTRIQUE SONT PAYE AU MINIMUM 5 FOIS PLUS QUN MINISTRE ALLEMAND ET 10 FOIS PLUS QUN SENATEUR ALLEMAND JE MADRESSE AU PROFESSEUR INGENIEUR ET TECHNICIEN EN ALGERIE DU DOMAINE GENIE ELECTRIQUE VENEY EN EUROPE EN UNE ANNEE VOUS REMPLACERAIS 20 ANS DE TRAVAIL EN AFRIQUE DU NORD LA FABRICATION ELECTRONIQUE CEST LA VIE PAS LE TOURISME ET LE PETROLE JAI ENTENDU PLUS GRAVE QUEN ALGEIRE ALORS QUE LA LOI EXISTE MEME AVEC UN CONTRAT DE FOURNITURE AVEC UNE CENTRE DE RECHERCHE UNIVERSITAIRE POUR LA LIVRAISON DE MATERIELS HIGHTEK LA BANQUE REFUSE TOUS AVANCE COMME LA CPA ET LA BEA CEST EXTRINEMENT GRAVE EN ALLEMAGNE CEST UN CRIME LES DIRECTEURS DE CES BANQUES SERONT TRADUIT EN JUSTICE OU ACCUSE DE TRAITRE SIL FIANCE LE TOURISME ET REFUSE LA TECHNOLOGIE EN ISRAEL LES DIRECTEURS DES BANQUES CPA ET BEA SERONT FUSILLE

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